Anamnèse

 

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Un dessin de Yaya

 

     Au bois il y a un oiseau, son chant vous arrête et vous fait rougir.
     Il y a une horloge qui ne sonne pas.
Il y a une fondrière avec un nid de bêtes blanches.
Il y a une cathédrale qui descend et un lac qui monte.
Il y a une petite voiture abandonnée dans le taillis, ou qui descend le sentier en courant, enrubannée.
Il y a une troupe de petits comédiens en costumes, aperçus sur la route à travers la lisière du bois.
     Il y a enfin, quand l’on a faim et soif, quelqu’un qui vous chasse.

A. Rimbaud

Reforme Gnostique selon K.Dick

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Un dessin de Yaya

1. Le créateur de ce monde est un dément.

2. Le monde n’est pas comme il apparaît, afin de cacher le mal qui est en lui, un voile l’obscurcit ainsi que la divinité démente.

3. Il y a un autre, un meilleur royaume de Dieu, et tous nos efforts doivent être dirigés vers un retour vers lui et vers son accomplissement ici-bas.

4. Nos vies véritables remontent à des milliers d’années d’ici, et nous pouvons être amenés à nous souvenir de nos origines au sein des étoiles.

5. Chacun d’entre nous a une part divine qui n’a pas chuté et qui peut être atteinte afin de nous éveiller. Cette autre personnalité est l’authentique moi éveillé ; la personnalité présente est endormie et sans importance. Nous sommes en fait endormis, et entre les mains d’un dangereux magicien déguise en bon dieu, la divinité créatrice démente. La désolation, le mal et la douleur en ce monde, le fait qu’il est une prison déterministe contrôlée par une divinité créatrice démente nous fait nous séparer du principe de la réalité très tôt dans notre vie, et si l’on peu dire de tomber dans le sommeil de l’illusion.

6. Nous pouvons passer du monde de la prison des illusions dans le royaume de paix si le Vrai Dieu Bon nous place sous sa Grâce et nous permet de voir la réalité au travers de ses yeux.

7. Le Christ a donné, plutôt que de recevoir, une révélation ; il enseigna à ses disciples comment entrer dans le royaume pendant cette vie, alors que les autres religions à mystères n’apportent que l’anamnèse : une connaissance de cela en d’autres temps dans un autre royaume, pas ici. Il le fait advenir ici, et il est l’agent vivant de l’Unique Dieu Bon (Logos).

8. Probablement que la véritable et secrète église chrétienne existe toujours, depuis longtemps souterraine, avec le Corpus Christi à sa tête ou en tant que dirigeant, ses membres étant absorbés en elle. En participant à cette Église, ses membres ont probablement des pouvoirs magiques très étendus.

9. Les divisions en « deux temps » (le bien et le mal) et en « deux royaumes » (du bien et du mal) prendront soudainement fin avec la victoire du bien ici alors que le royaume invisible aujourd’hui se rendra visible. Nous ne pouvons connaître le moment où cela arrivera.

10. Pendant ce temps, nous sommes sur le Pont du Passage, jugés selon la puissance à qui nous avons porté allégeance, au démiurge créateur fou de ce monde ou à l’Unique Dieu Bon et à son Royaume, que nous connaissons au travers du Christ.

Connaître ces dix principes de la Gnose chrétienne c’est courir au désastre.

D’après Exegesis de Philip K. Dick

Sa degaine !

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Dessin de Yaya

 

Il est certain que, pour beaucoup de soldats allemands, voir une fille danser à moitié nue était la principale motivation pour sortir le soir. Et pouvoir le faire à Paris était une des récompenses implicites pour les soldats qui se voyaient accorder quelques jours de permission dans la plus belle des villes occupées. Pour dénicher les bons endroits, les soldats pouvaient consulter le Pariser Zeitung, journal en allemand qui indiquait que Tabarin proposait le meilleur spectacle érotique. Et si, pour finir la soirée, ils allaient faire un tour au bordel, cela aussi faisait bien partie du Paris de leurs rêves.

Les plus fameux bordels de la ville, le One Two Two, 122, rue de la Provence, sur la rive droite, et le Sphynx, sur la rive gauche, étaient probablement au-dessus de leurs moyens. Des officiers allemands, des collaborateurs français, des agents clandestins de la Résistance, des affairistes du marché noir et des artistes en tous genres, y compris des femmes, s’y retrouvaient pour boire, bavarder, espionner et prendre du bon temps. (Sans obligation pour le visiteur de recourir aux services sexuels proposés par la maison).

Alan Riding, Et la fête continue : vie culturelle à Paris sous l’Occupation