Un instant au Crack festival

 

 

Quelques instants, des images.Fortes sensations, saveurs acides.

Voilà un rush d’Eqko, artistes présent au crack festival qui nous transporte dans leurs états. Monde maniaque, aux couleurs et bruits exacerbés où la performance se place aussi bien dans le tramway romain que dans une cellule abandonnée.

De la résistance poétique

Une minute de danse par jour
un projet quotidien de Nadia Vadori-Gauthier

Depuis janvier 2015 Nadia Vadori-Gauthier s’est engagée dans cet acte de résistance poétique : elle danse une minute et quelque, tous les jours, dans les états et les lieux dans lesquels elle se trouve, et la poste en ligne le jour-même.

Voici la vidéo du 26 octobre avec Edmond Baudoin.

Pour plus d’informations ici.

En résonance avec le documentaire Ghurbat – Demandeurs d’exil de Davide Scarfagna

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Lorsque je cherche Demandeurs d’exil  sur Google Videos pour revoir le petit chef d’œuvre de mon ami Davide, Google, qui ne comprend pas la poésie, me dit : « Essayez avec cette orthographe : demandeurs d’asile ». Eh bien non, on parle bien de « Demandeurs d’Exil ». Car si l’asile renvoie à une condition juridique bien connue, l’exil est ici aussi une condition psychologique. Davide rentre, à travers la poésie, dans les terroirs marécageux de l’âme humaine pour nous parler de quelque chose qui peut résonner chez n’importe quel être humain, ce sentiment d’exil, de ne pas se sentir chez soi. Ce documentaire a le mérite de ne pas s’arrêter à une perception médiatique et superficielle de la question : une vision où la personne réfugiée, migrante, est toujours vu(e) dans son altérité, menaçante pour les médias de droite et digne de pitié pour les médias de gauche (au moins lorsqu’il s’agit d’un « vrai réfugié » car n’importe quel réfugié est suspecté d’être un migrant économique, c’est-à-dire un « imposteur »).

Le documentaire est construit à partir d’un seul témoignage, celui d’un réfugié afghan.

C’est un récit assez factuel, qui contient beaucoup de détails qui font mal au cœur et qui étonnent même les personnes qui connaissent un peu les questions traitées. On pourrait penser qu’il est difficile d’atteindre l’universel à partir de ce récit tant particulier. Ce n’est pas peut-être le cas. En premier lieu parce que ce récit contient en lui beaucoup d’autres récits que nous n’entendrons jamais parce que leurs protagonistes sont morts en essayant de joindre la forteresse Europe. C’est le récit d’un survivant qui a dû mettre tous ses efforts pour sauver sa vie (jusqu’à payer à un passeur un prix supplémentaire pour être sûr de pouvoir survivre) mais qui à la fois ne peut pas s’empêcher de dire « nous ».

Les mots du témoignage sont accompagnés par des images où l’on voit défiler Paris et sa proche banlieue dans son quotidien le plus banal et le plus gris. On commence par la banlieue sud vue à travers le RER B. On continue ensuite avec le centre de Paris vu à travers la fenêtre d’un bus. Les bâtiments HLM et les palais haussmanniens se rejoignent, malgré leur esthétique et leur destination sociale opposées, grâce à leur échelle peu humaine et leur caractère austère et impersonnel. Les arrêts aux gares marquent des moments où on a l’impression de pouvoir voir les choses plus clairement. Mais ce n’est qu’une illusion car le moyen de transport choisi repart, accélère, suit sa logique pendant que le protagoniste nous parle du délire bureaucratique auquel il doit faire face, une logique qui se révèle aujourd’hui, dans un contexte de « crise », encore plus qu’hier, inhumaine, autoréférentielle et insensée.

Par moments on arrête de suivre le témoignage du réfugié car nous sommes pris par ce sentiment de confusion et de dispersion, d’incommunicabilité, que n’importe quel habitant d’une grande métropole occidentale a dû sentir un jour lorsqu’il traversait la ville dans le silence étouffé d’un moyen de transport publique.

L’esthétique est minimaliste : elle nous montre qu’il n’y a pas besoin de beaucoup de moyens pour produire une œuvre d’art. Je suis persuadé que son esthétique épouse la philosophie zen du « moins c’est plus » pas seulement à cause du manque de moyens et de temps : il s’agit d’un choix artistique.

Les images sont alternées par des moments de noir où l’on voit apparaître des vers du grand poète soufi (le courant mystique de l’Islam) Roumi, qui est né en 1207 dans l’actuel Afghanistan. Vers splendides qui pourraient avoir été écrits hier par un usuraire du RER, vers comme :

« Je suis de cette ville / qui est la ville de ceux qui sont sans ville ».

Dans la troisième partie nous quittons le transport public et nous nous retrouvons à pieds, en train de parcourir la rue de Belleville. Nous pouvons voir donc des visages et des possibilités de vraies relations qui nous permettraient de sortir de l’aliénation et de l’isolement qui règnent dans une ville parfois cruelle comme Paris. L’échelle se fait plus humaine, les gens rient, se parlent, s’aiment. Le parc de Belleville est beau le soir, malgré tout, contre tout. Un cerf-volant est sur une chaise, à la fois inerte et prêt à voler. Notre réfugié a échappé à la mort. Il n’a pas été rapatrié pour l’instant, malgré les menaces insistantes des autorités. Il survit au jour le jour dans un système peu humain mais où on peut trouver partout de l’humanité. Il s’interroge dans la dernière chanson sur l’absurdité de la loi, de l’ordre social :

« Moi, je ne sais pas, et toi, ô mon Dieu, tu sais selon ta loi. Quelqu’un devint mendiant, quelqu’un sans bras et quelqu’un d’autre un roi ».

Il s’interroge, donc il est vivant. Comme toi, comme moi…

Andrea Verga

Ghurbat – Demandeurs d’exil

Les différents témoignages que j’avais recueilli pendant mon terrain étaient, contrairement à mes attentes, facilement interchangeables à cause de leur similarité, puisque dans les témoignages des demandeurs d’asile la transmission de leur part d’une expérience collective primait sur les spécificités du vécu personnel.
Ils reportaient souvent des histoires qu’ils déclaraient ne pas leur être arrivées personnellement mais qui étaient arrivées à d’autres migrants du groupe.
Au fur et à mesure que je me rendais compte de leur intention d’incarner le point de vue d’une collectivité entière dans leurs récits, je commençais à me représenter ces récits comme révélateurs d’autres dynamiques aussi.
Sur la forme et sur le contenu des récits qu’ils me narraient je voyais le poids et l’influence de la structure d’un discours officiel auquel ils était poussés à s’identifier depuis leur arrivée en France. À force de devoir présenter leur récit aux institutions qui analysent leur demande d’asile, ce récit se cristallise dans un modèle qui reflète les attentes des institutions concernées. Ils sont poussé à un processus de reconstruction identitaire, mais cette nouvelle identité qui leur est de quelque sorte imposée par les attentes des institutions, ne correspond souvent pas à la meilleure identité envisageable pour le commencement d’une nouvelle vie et pour une réinsertion sociale, car il s’agit d’une identité centrée sur la souffrance et sur le passé.
Il s’agit malheureusement d’un système pervers qui fait que même les institutions qui se proposent d’aider les réfugiés dans leur réinsertion sociale soient influencées par le système de manière contre-productive.
[…]La rédaction d’un dossier contenant le récit du voyage et les raisons qui ont poussé le demandeur d’asile à quitter son pays natal, représente une étape fondamentale pour sa reconstruction identitaire. À ce moment là, il entre en jeu le poids de tous les témoignages d’expériences négatives qui circulent dans la collectivité des demandeurs d’asile, comme les cas de refus d’asile ou de rapatriement, et le poids des attentes des institutions ; il s’agit d’un discours extrêmement délicat, mais d’après mon expérience de terrain je pourrais résumer ainsi la manière dont ces attentes sont aperçues chez les demandeurs d’asile : « est-ce qu’on a assez souffert pour mériter le commencement d’une nouvelle vie ? » Et c’est face à cette perception des attentes des institutions que leur reconstruction identitaire prend place. Il s’agit comme on a vu d’une reconstruction centrée sur ce « est-ce qu’on a assez souffert »,et qui vise à justifier leur existence par la douleur. C’est donc aussi en fonction de cela qu’ils s’appuient sur un modèle de récit moins subjectif que collectif, et ils y intègrent les histoires arrivées à d’autres membres de leur collectivité, là où ils considèrent que leur récit personnel manque d’éléments douloureux.
Celle entre le demandeur d’asile et les institutions d’accueil est une relation très complexe: tant que le demandeur d’asile dépersonnalise son récit, il le pousse vers la limite de la fiction, les institutions poussent à la limite leur recherche de frontière entre réalité et fiction, entre individu et collectivité ( la démarche logique faite par les institution est la suivante : les expériences qu’ils déclarent être arrivées à d’autres migrants sont moins vérifiables, à la limite même pas vérifiables ; elles pourraient être même tirées du fictif, de l’imaginaire qu’ils nourrissent par rapport aux souffrances de la migration. A quel point le fait de déclarer ne pas avoir vécu personnellement certaines expériences peut prouver qu’ils ont vécu personnellement le reste des expériences narrées en première personne, surtout quand la forme et le contenu de ces deux types d’expériences ne diffère pas ?).
Au même temps, tant que les institutions traitent les cas individuels en question comme le cas d’une collectivité généralisée sous le nom de demandeurs d’asile, comme s’il s’agissait d’une entité abstraite qui n’est pas faite d’êtres humains, ces êtres humains sont poussé à dépersonnaliser leur vies. Les institutions d’accueil établissent, en analysant les cas sociaux et politiques des pays intéressés, des nivéaux de  »conditions de souffrance » au dessous desquels le migrant se voit nié le droit de recommencer une vie. Mais on voit bien qu’il s’agit de conditions généralisées, tirées des analyses des collectivités d’où les demandeurs d’asile proviennent. Par contre, le niveau d’endurance à la souffrance varie d’un individu à un autre. Et quand le demandeur d’asile n’est pas considéré en tant qu’individu par les institutions, car le degré individuel d’endurance à la souffrance est généralisé à celui d’une collectivité, lui même il est poussé à se voir comme collectivité ; c’est en raison de cela que dans les champs de sa vie où ses souffrances individuelles sont inférieures aux niveaux requis pour sa collectivité, il s’appuie dans ses récits aux souffrances de sa collectivité.
Après une analyse des similarités entre des différents témoignages, j’ai décidé de concentrer mon travail sur le témoignage d’un seul enquêté, en me rendant compte de sa valeur exemplaire.
Je m’apercevais dans son discours de la présence d’une recherche de subjectivité, comme à vouloir se libérer du poids de l’identité collective. Son récit commençait imprégné du discours officiel, mais au fur et à mesure évoluait vers une subjectivité plus assumé. Il devait se rendre compte d’être devant un regard différent de celui des institutions. Il était à la recherche de son point de vue subjectif dans son récit d’auto-représentation.
Davide Scarfagna