Reizgas où souvenir de la lutte.

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« Le 1er décembre 2018, des représentants de l’État français ont lancé une nouvelle attaque à l’aide de gaz lourds…
Paris 8eme arrondissement. »

Le 1er décembre nous étions sur les champs, plus par curiosité que par colère.
Il a ramassé ces fumigènes afin de les graver et les envoyer a Berlin, au pays.
J’ai ramassé un pavée pour l’offrir à H.

Mésutopies : Michaux/ SANT’ELIA

 

 

Antonio Sant’Elia, Città Nuova, 1914.

 

 

Je vous construirai une ville avec des loques,
moi!
Je vous construirai sans plan et sans ciment
Un édifice que vous ne détruirez pas,
Et qu’une espèce d’évidence écumante
Soutiendra et gonflera, qui viendra vous braire
au nez,
Et au nez gelé de tous vos Parthénons, vos arts
arabes, et de vos Mings.

Avec de la fumée, avec de la dilution de brouil-
lard
Et du son de peau de tambour,
Je vous assoirai des forteresses écrasantes et
superbes,
Des forteresses faites exclusivement de remous
et de secousses,
Contre lesquelles votre ordre multimillénaire et
votre géométrie
Tomberont en fadaises et galimatias et pous-
sière de sable sans raison.

Glas! Glas! Glas sur vous tous, néant sur les
vivants !
Oui, je crois en Dieu ! Certes, il n’en sait rien !
Foi, semelle inusable pour qui n’avance pas.
Oh monde, monde étranglé, ventre froid !
Même pas symbole, mais néant, je contre, je
contre,
Je contre et te gave de chiens crevés.
En tonnes, vous m’entendez, en tonnes, je vous
arracherai ce que vous m’avez refusé en
grammes.

Le venin du serpent est son fidèle compagnon,
Fidèle, et il l’estime à sa juste valeur.
Frères, mes frères damnés, suivez-moi avec confiance.
Les dents du loup ne lâchent pas le loup.
C’est la chair du mouton qui lâche.

Dans le noir nous verrons clair, mes frères.
Dans le labyrinthe nous trouverons la voie
droite.
Carcasse, où est ta place ici, gêneuse, pisseuse,
pot cassé?
Poulie gémissante, comme tu vas sentir les cor-
dages tendus des quatre mondes!
Comme je vais t’écarteler!

 

Henri Michaux, La nuit remue, « Contre ! », 1933.

 

Cheminement portugais. Grândola

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Un dessin de Raoulette.

 

Grândola est une petite ville de l’Alentejo, au sud du Portugal.

Grândola Vila Morena fût chantée par les militaires pour lancer la révolte contre le régime de Salazar. Elle n’est pas morte après la révolution. Toujours dans les esprits, on peut facilement l’entendre en manif. En 2013 elle redevient un symbole de lutte contre l’oppression, elle symbolise la force contestataire contre le gouvernement de Manuel Passos Coelho appliquant une politique d’austérité sévère sous la pression de Bruxelles.

Paul Orso

Grândola, ville brune
Terre de la fraternité
Seul le peuple ordonne
En ton sein, ô cité

En ton sein, ô cité
Seul le peuple ordonne
Terre de la fraternité
Grândola, ville brune

À chaque coin de rue un ami
Sur chaque visage, l’égalité
Grândola, ville brune
Terre de la fraternité

Terre de la fraternité
Grândola, ville brune
Sur chaque visage, l’égalité
Seul le peuple ordonne

À l’ombre d’un chêne vert
Qui ne connaissait plus son âge
J’ai juré d’avoir pour compagne
Grândola, ta volonté

Grândola, ta volonté
J’ai juré d’avoir pour compagne
À l’ombre d’un chêne vert
Qui ne connaissait plus son âge

José Afonso

Sa degaine !

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Dessin de Yaya

 

Il est certain que, pour beaucoup de soldats allemands, voir une fille danser à moitié nue était la principale motivation pour sortir le soir. Et pouvoir le faire à Paris était une des récompenses implicites pour les soldats qui se voyaient accorder quelques jours de permission dans la plus belle des villes occupées. Pour dénicher les bons endroits, les soldats pouvaient consulter le Pariser Zeitung, journal en allemand qui indiquait que Tabarin proposait le meilleur spectacle érotique. Et si, pour finir la soirée, ils allaient faire un tour au bordel, cela aussi faisait bien partie du Paris de leurs rêves.

Les plus fameux bordels de la ville, le One Two Two, 122, rue de la Provence, sur la rive droite, et le Sphynx, sur la rive gauche, étaient probablement au-dessus de leurs moyens. Des officiers allemands, des collaborateurs français, des agents clandestins de la Résistance, des affairistes du marché noir et des artistes en tous genres, y compris des femmes, s’y retrouvaient pour boire, bavarder, espionner et prendre du bon temps. (Sans obligation pour le visiteur de recourir aux services sexuels proposés par la maison).

Alan Riding, Et la fête continue : vie culturelle à Paris sous l’Occupation

Sade / Chimère

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par Mose, dans Le Paradis et l’Enfer.

 

 

 

« On m’eût enfermé, j’eusse passé pour un scélérat: ne vaut-il pas mieux l’être effectivement, en jouissant de tous les droits des hommes… en étant libre enfin, que d’en être soupçonné dans les fers ? Ne vous étonnez pas que l’homme devienne criminel quand on le dégradera, quoique innocent; ne vous étonnez pas qu’il préfère le crime à des chaînes, dès que dans l’une ou l’autre situation il est attendu par l’opprobre. Législateurs, rendez vos flétrissures moins fréquentes, si vous voulez diminuer la masse des crimes; une nation qui sut faire un dieu de l’honneur peut culbuter ses échafauds, quand il lui reste, pour mener les hommes, le frein sacré d’une aussi belle chimère… »

 

Donatien Alphonse François  de Sade, Les Crimes de l’amour,  publication originale en 1800, rédaction à la Bastille de 1787 à 1788, Éditions 10/18, 1971, p. 83.

De la Guerre

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Crimes of the future, David Cronenberg, réalisé en 1970.

 

 

« Il est temps de faire face non plus à la signification précise réelle du mot culture — celle d’un ensemble d’œuvres données pour exemplaires ; mais à la coloration particulière qui est donnée actuellement à ce mot et qui a réussi à transformer non pas seulement le mot mais la notion elle-même dans l’esprit du public.  Le mot de culture ne signifie plus à cette heure l’ensemble d’œuvres du passé proposées comme références, il signifie bien autre chose. Il est associé à une militation, à un endoctrinement. Il est associé à tout un appareil d’intimidation et de pression. Il mobilise le civisme, le patriotisme. Il tend à fonder une sorte de religion, de religion d’État. Il fait une énorme part à la publicité, au point que la publicité —la plus insipide, la plus grossière — se trouve maintenant impliquée dans la production d’art à un tel degré qu’un déport se produit dans l’esprit du public. Celui-ci se trouve convié à révérer non pas la création d’art mais le prestige publicitaire dont bénéficient certains artistes. Il ne lui vient pas à la pensée de s’enquérir des œuvres mais seulement des voies publicitaires qui les véhiculent. »

 

Jean Dubuffet,  Asphyxiante culture, Editions de Minuit, Paris, 1986, p.29-30.

Référence citation titre : 

                 « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens »

Carl von Clausewitz, De la Guerre (1832),  (trad. Laurent Murawiec), éd. Librairie Académique Perrin, 1999, p. 46.