Sur les lacs suédois

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Une aquarelle de JuliaL /Raoulette

La nuit avance à pas lourds
Autour de la cour et de l’âtre
Alors que le soleil quitte la terre,
Les ombres menacent.
Là, dans notre maison sombre
Marchant avec des bougies allumées
Sainte Lucie, Sainte Lucie !

 

La nuit avance fortement et en silence
Ecoutez maintenant ses ailes
Dans chaque pièce si silencieuse,
Murmurant comme des ailes.
Regardez, sur notre seuil se tient,
Habillée de blanc, de la lumière dans les cheveux,
Sainte Lucie, Sainte Lucie !

L’obscurité s’envolera bientôt
Des vallées de la terre.
Aussi nous dit-elle
Un mot merveilleux :
Un nouveau jour se lèvera à nouveau
Du ciel rose…
Sainte Lucie, Sainte Lucie !

Texte traduit du suédois pour honorant Sainte Lucia

Une pierre

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Stamattina de Camilla Pizzichillo

« Albertine n’était, comme une pierre autour de laquelle il a neigé, que le centre générateur d’une immense construction qui passait par le plan de mon cœur. »

Marcel Proust

25 août 1921

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Un dessin de Michel Carton

La crise du fascisme, dont les origines et les causes font couler tant d’encre ces jours-ci, est facilement explicable par un sérieux examen du développement du mouvement fasciste.

Les Fasci de combat, nés au lendemain de la guerre, étaient marqués de ce caractère petit-bourgeois propre aux diverses associations d’anciens combattants qui se sont créées à l’époque. Par leur caractère d’opposition radicale au mouvement socialiste, opposition en partie héritée des luttes du temps de guerre entre le Parti socialiste et les associations interventionnistes, les Fasci obtinrent l’appui des capitalistes et celui des autorités. Leur façon de s’imposer, qui coïncidait avec la nécessité où se trouvaient les agrariens de constituer une garde blanche contre les organisations ouvrières installées dans des positions de plus en plus fortes, permit à l’ensemble des bandes créées et armées par les latifondistes de se ranger sous la même étiquette que les Fasci. Par le développement qu’elles prirent ensuite ces bandes ont conféré en retour aux Fasci leur propre caractère de garde blanche du capitalisme, dirigée contre les organismes de classe du prolétariat.

Le fascisme a toujours conservé ce vice originel. L’ardeur de l’offensive armée a empêché jusqu’à aujourd’hui l’aggravation de la dissension entre les noyaux urbains, petits-bourgeois, essentiellement parlementaires et collaborationnistes et les noyaux ruraux, constitués par des propriétaires terriens, grands et moyens, et par des fermiers directement intéressés à la lutte contre les paysans pauvres et leurs organisations radicalement antisyndicalistes, réactionnaires et plus confiants en l’action armée directe qu’en l’autorité de l’État et en l’efficacité du parlementarisme.

Dans les zones agricoles (Émilie, Toscane, Vénétie, Ombrie) le fascisme a atteint son développement maximal et est parvenu, avec l’appui financier des capitalistes et la protection des autorités civiles et militaires de l’État, à un pouvoir inconditionnel. S’il est vrai que l’offensive impitoyable contre les organismes de classe du prolétariat a servi les capitalistes qui, en l’espace d’un an, ont pu voir tout l’appareil de lutte des syndicats socialistes se briser et perdre toute efficacité, il est cependant incontestable que la violence, en dégénérant, a fini par créer dans les couches moyennes et populaires un sentiment d’hostilité générale au fascisme.

Les événements de Sarzane, de Trévise, de Viterbe, de Roccastrada, ont profondément ébranlé les noyaux fascistes urbains, ceux qui s’incarnent en Mussolini, et qui ont commencé à voir un danger dans la tactique exclusivement négative des Fasci des zones agricoles. Ajoutons que cette tactique avait déjà porté d’excellents fruits en entraînant le Parti socialiste sur un terrain de transactions favorable à la collaboration de classe au sein du pays et du Parlement.

Le conflit latent commence à partir de là à se manifester dans toute sa profondeur. Alors que les noyaux urbains favorables à la collaboration considèrent désormais comme atteint l’objectif qu’ils s’étaient proposé : voir le Parti socialiste abandonner son intransigeance de classe, et se hâtent de sanctionner leur victoire par le pacte de pacification, les capitalistes agraires ne peuvent renoncer à la seule tactique qui puisse leur assurer la « libre » exploitation des classes paysannes, sans être gênés par les grèves et par les organisations. Toute la polémique qui agite le camp fasciste, et oppose partisans et adversaires de la pacification, se ramène à ce conflit dont les sources ne doivent pas être cherchées ailleurs que dans les origines mêmes du mouvement fasciste.

Les prétentions des socialistes italiens qui croient avoir, par leur habile politique de compromis, provoqué la scission au sein du mouvement fasciste, ne sont rien d’autre qu’une preuve de plus de leur démagogie. En réalité, la crise fasciste ne date pas d’aujourd’hui, mais de toujours. Une fois disparues les raisons contingentes qui assuraient l’unité des groupes antiprolétariens, il était fatal que les dissensions se manifestent avec une plus grande évidence. La crise n’est donc pas autre chose que l’élucidation d’une situation de fait préexistante.

Le fascisme sortira de cette crise en se scindant. La partie parlementaire, dirigée par Mussolini, en s’appuyant sur les classes moyennes, employés, petits exploitants et industriels, tentera de les organiser politiquement en s’orientant nécessairement vers une collaboration avec les socialistes et les populaires.

La partie intransigeante, qui est l’expression des impératifs d’une défense directe et armée des intérêts capitalistes agraires, persévérera dans l’action antiprolétarienne qui la caractérise. Pour cette partie-là, qui s’intéresse de plus près à tout ce qui touche à la vie ouvrière, le « pacte de trêve » que les socialistes célèbrent comme une victoire n’aura aucune valeur. La « crise »se ramènera à l’érection hors du mouvement des Fasci d’une fraction composée de petits bourgeois qui ont vainement tenté de justifier le fascisme par un programme politique général de « parti ».

Mais le fascisme, le véritable, celui que les paysans émiliens, vénitiens, toscans, connaissent à travers la douloureuse expérience de ces deux dernières années de terreur blanche, continuera, quitte à changer de nom.

Le devoir des ouvriers et des paysans révolutionnaires est de profiter de la période de calme relatif provoquée par les dissensions internes des bandes fascistes, pour inspirer aux masses opprimées et sans défense une conscience claire de la réelle situation de la lutte de classes et des moyens qui pourraient permettre de venir à bout de l’impudence de la réaction capitaliste.

Antonio Gramsci

L’Ordine Nuovo, 25 août 1921. (Source :  Écrits politiques. II. 1921-1922. Textes choisis, présentés et annotés par Robert Paris. Traduit de l’Italien par Marie G. Martin, Gilbert Moget, Armando Tassi et Robert Paris. Paris: Éditions Gallimard, 1975, 380 pages)

Cielo cinese

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Cielo Cinese, fotografia di  Camilla Pizzichillo

 

« Quando c’è una bella notte stellata, il signor Palomar dice: – Devo andare a guardare le stelle-. Dice proprio: – Devo ,- perché odia gli sprechi e pensa che non sia giusto sprecare tutta quella quantità di stelle che gli viene messa a disposizione. Dice “Devo” anche perché non ha molta pratica di come si guardano le stelle, e questo semplice atto gli costa sempre un certo sforzo.

La prima difficoltà è quella di trovare un posto dal quale il suo sguardo possa spaziare per tutta la cupola del cielo senza ostacoli e senza l’invadenza dell’illuminazione elettrica: per esempio una spiaggia marina solitaria su una costa molto bassa.

Altra condizione necessaria è il portarsi dietro una mappa astronomica, senza la quale non saprebbe cosa sta guardando; ma da una volta all’altra egli dimentica come si fa a orientarla e deve prima rimettersi a studiarla per mezz’ora. Per decifrare la mappa al buio deve portarsi anche una lampadina tascabile. I frequenti confronti tra il cielo e la mappa lo obbligano ad accendere e spegnere la lampadina, e in questi passaggi dalla luce al buio egli resta quasi accecato e deve riaggiustare la sua vista ogni volta.

Se il signor Palomar facesse uso d’un telescopio le cose sarebbero più complicate sotto certi aspetti e semplificate sotto altri; ma , ora come ora, l’esperienza del cielo che interessa a lui è quella a occhio nudo, come gli antichi navigatori e i pastori erranti. Occhio nudo per lui che è miope significa occhiali; e siccome per leggere la mappa gli occhiali deve toglierseli, le operazioni si complicano con questo alzare e abbassare degli occhiali sulla fonte e comportano l’attesa di alcuni secondi prima che il suo cristallino rimetta a fuoco le stelle vere o quelle scritte. Sulla carta i nomi delle stelle sono scritti in nero su sfondo blu e bisogna accostare la lampadina accesa proprio addosso al foglio per scorgerli. Quando si alza lo sguardo al cielo lo si vede nero, cosparso di vaghi chiarori; Solo a poco a poco le stelle si fissano e dispongono in disegni precisi, e più si guarda più se ne vedono affiorare. »

Italo Calvino, Palomar

Né un medico né un angelo

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Une photo de La Rousse

Il poeta Iosif Brodskij parla del poeta Wystan Hugh Auden

A curare è l’intonazione con cui si parla al malato. Questo poeta si aggirò tra i casi gravi- spesso terminali- del mondo non già in veste di chirurgo, ma come un’infermiera e ogni paziente sa che sono le infermiere, alla fine, non le incisioni del bisturi, a rimettere la gente in piedi. E’ la voce di un’infermiera, e cioè dell’amore, quella che si ode nel discorso conclusivo di Alonso a Ferdinando in Il mare e lo specchio:

 

But should you fail to keep your Kingdom

And, like your father before you, come

Where thought accuses and feeling mocks,

Believe your pain…

 

E se dovessi perdere il regno

E proprio come tuo padre

Ritrovarti dove il pensiero

Accusa e il sentimento deride,

Tu, credi al tuo dolore…

 

Né un medico né un angelo, né –  meno che mai – la persona amata o un parente ti diranno parole simili nel momento della tua definitiva sconfitta: solo una infermiera o un poeta può dirle, per esperienza e insieme per amore.

Dal saggio “Per compiacere un’ombra”, nel libro Fuga da Bisanzio (nell’originale inglese Less the one)

Traduzione di Gilberto Forti

Traduzione dei versi di W.H. Auden di Andrea Verga

Poissons pour tous #4

Antonin Artaud, Petit poème des poissons de la mer.
Un dessin de Camille Ortie

Je me suis penché sur la mer
Pour communiquer mon message
Aux poissons :
« Voilà ce que je cherche et que je veux savoir. »

Les petits poissons argentés
Du fond des mers sont remontés
Répondre à ce que je voulais.

La réponse des petits poissons était :
« Nous ne pouvons pas vous le dire
Monsieur
PARCE QUE »
Là la mer les a arrêtés.

Alors j’ai écarté la mer
Pour les mieux fixer au visage
Et leur ai redit mon message :
« Vaut-il mieux être que d’obéir ? »

Je le leur redis une fois, je leur dis une seconde
Mais j’eus beau crier à la ronde
Ils n’ont pas voulu entendre raison !

Je pris une bouilloire neuve
Excellente pour cette épreuve
Où la mer allait obéir.

Mon cœur fit hamp, mon cœur fit hump
Pendant que j’actionnais la pompe
À eau douce, pour les punir.

Un, qui mit la tête dehors
Me dit : « Les petits poissons sont tous morts. »

« C’est pour voir si tu les réveilles,
Lui criai-je en plein dans l’oreille,
Va rejoindre le fond de la mer. »

Dodu Mafflu haussa la voix jusqu’à hurler en déclamant ces trois derniers vers,
et Alice pensa avec un frisson : « Pour rien au monde je n’aurai voulu être ce messager ! »

Celui qui n’est pas ne sait pas
L’obéissant ne souffre pas.

C’est à celui qui est à savoir

Pourquoi l’obéissance entière
Est ce qui n’a jamais souffert

Lorsque l’être est ce qui s’effrite
Comme la masse de la mer.

Jamais plus tu ne seras quitte,
Ils vont au but et tu t’agites.
Ton destin est le plus amer.

Les poissons de la mer sont morts
Parce qu’ils ont préféré à être
D’aller au but sans rien connaître
De ce que tu appelles obéir.

Dieu seul est ce qui n’obéit pas,
Tous les autres êtres ne sont pas
Encore, et ils souffrent.

Ils souffrent ni vivants ni morts.
Pourquoi ?

Mais enfin les obéissants vivent,
On ne peut pas dire qu’ils ne sont pas.

Ils vivent et n’existent pas.
Pourquoi ?

Pourquoi ? Il faut faire tomber la porte
Qui sépare l’Être d’obéir !

L’Être est celui qui s’imagine être
Être assez pour se dispenser
D’apprendre ce que veut la mer…

Mais tout petit poisson le sait !
Il y eut une longue pause.
« Est-ce là tout ? demanda Alice timidement. »

 

Antonin Artaud, Petit poème des poissons de la mer, 1926.