De la Guerre

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Crimes of the future, David Cronenberg, réalisé en 1970.

 

 

« Il est temps de faire face non plus à la signification précise réelle du mot culture — celle d’un ensemble d’œuvres données pour exemplaires ; mais à la coloration particulière qui est donnée actuellement à ce mot et qui a réussi à transformer non pas seulement le mot mais la notion elle-même dans l’esprit du public.  Le mot de culture ne signifie plus à cette heure l’ensemble d’œuvres du passé proposées comme références, il signifie bien autre chose. Il est associé à une militation, à un endoctrinement. Il est associé à tout un appareil d’intimidation et de pression. Il mobilise le civisme, le patriotisme. Il tend à fonder une sorte de religion, de religion d’État. Il fait une énorme part à la publicité, au point que la publicité —la plus insipide, la plus grossière — se trouve maintenant impliquée dans la production d’art à un tel degré qu’un déport se produit dans l’esprit du public. Celui-ci se trouve convié à révérer non pas la création d’art mais le prestige publicitaire dont bénéficient certains artistes. Il ne lui vient pas à la pensée de s’enquérir des œuvres mais seulement des voies publicitaires qui les véhiculent. »

 

Jean Dubuffet,  Asphyxiante culture, Editions de Minuit, Paris, 1986, p.29-30.

Référence citation titre : 

                 « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens »

Carl von Clausewitz, De la Guerre (1832),  (trad. Laurent Murawiec), éd. Librairie Académique Perrin, 1999, p. 46.

QU’IL VIVE !

 

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par François Kupka, L’Assiette au beurre, « Religions », n°162,  1 janvier 1904.

 

 

 

QU’IL VIVE!

 
Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.

La vérité attend l’aurore à côté d’une bougie. Le verre de fenêtre est négligé. Qu’importe à l’attentif.

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

Il n’y a pas d’ombre maligne sur la barque chavirée.

Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.

On n’emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.

Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de ne pas avoir de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

 

 

 

Dans mon pays, on remercie.

 

 

René CHAR, Les Matinaux, « QU’IL VIVE ! » Poésie / Gallimard, 1950.

L’esprit mes couilles.

 

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credo roro
                                               
credo rabormo                                              
rave
raru

                  C’est moi qui les ai réduits à cette situation,
moi, ici,
50 piges,
4 rue Jardin des Plantes,
sans âge,
Marseille, Ivry.

Je te l’avais dit qu’il était là, ne disait rien et s’évertuait un jour,
et mil est maintenant,
l’esprit des couilles.

 

 

 

 

 

Antonin Artaud, Oeuvres complètes, Tome XXV, Cahiers du retour à Paris (décembre 1946 – janvier 1947), p.75.

INTERVIEW A MARTIN FAUCHER

RETOURS DU FESTIVAL TRANSAMERIQUES

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Crédit Maude Chauvin

 

Culture Dessinée rencontre Martin Faucher, directeur artistique de la dernière édition du Festival TransAmériques.

Après deux semaines de programmation, le festival s’arrête et nous donne rendez-vous à l’année prochaine. Nous échangeons alors avec Martin Faucher au siège du FTA à Montréal.

 

Culture Dessinée: Le Festival TransAmériques vient de se terminer. Vous avait été son directeur artistique pour la deuxième fois : quel a été votre rôle pendant ces deux semaines au FTA ?

M.F : Mon travail pendant deux semaines a été de m’assurer que le public puisse rentrer dans les salles de spectacles. Je voulais être présent dans les lieux du FTA. J’ai voulu garantir que les espaces du festival soient confortables pour le public, les artistes et les professionnels : être au centre du festival. Tout ceci m’a apporté beaucoup de satisfaction.

Culture Dessinée: les différents spectacles du FTA sont-ils montrés selon un ordre qui fait du sens ?

M.F. : Oui, certainement. Toute au long des quinze jours du FTA j’ai voulu donner la place à la multiplicité, à la pluralité des discours. Nous avons assisté aussi à une certaine évolution. La programmation commence par Marthaler, ou sur scène nous voyons le témoignage de toute une longue tradition théâtrale, avec beaucoup de comédiens relativement âgés, pour finir avec Gala de Jérôme Bel. Ici nous assistons à l’hyper représentativité de notre société autant dans la virtuosité que dans le ratage.

Culture Dessinée : dans Gala nous assistons à une volonté de ne pas se prendre au sérieux, de jouir de l’échec…

M.F. : Mais nous assistons à cela également avec Marthaler. La jouissance de l’échec et du ratage est très présente aussi.

Culture Dessinée : est-ce qu’il est réconfortant pour un public de voir l’échec sur scène ? Dans la possibilité au ratage est représentée toute la complexité humaine. L’erreur ne serait-elle pas une possible manière de bâtir, de se renouveler ?

M.F. : Oui… je pense à Dana Michel à ce propos. Ou bien la pièce J’aime Hydro ne parle que d’échecs. Christine Beaulieu se montre à travers ces échecs de comédienne et de citoyenne dans un pays qui accumule les échecs. Je pense que le FTA cette année témoignait de l’échec et de la désillusion. Nous avons aussi assisté à une volonté de laisser tomber les activismes pour être dans un rapport plus direct avec l’autre, afin de laisser la place à la création de relations intimes avec l’autre. Le spectacle de Pieter Ampe, So you can feel, par exemple, est complètement dans ce rapport à l’intime.

Culture Dessinée : dans la programmation de l’OFFTA, y a-t-il, à votre avis, quelque chose que vous auriez voulu voir dans l’FTA ?

M.F. : Malheureusement je n’ai pas pu voir autant de spectacles que j’aurais voulus au OFFTA à cause des horaires et des incompatibilités avec la programmation du FTA. J’ai été très marqué par le solo de Daina Ashbee, When the ice melts, will we drink the water? et sa pièce a été magnifique. Elle est une artiste que je regarde depuis un an environ et je vois son potentiel, donc, elle risque de se retrouver programmée dans le FTA dans quelques années.

Propos recueillis par Cristina

Radio Vide # 2

Wikipedia, projet d’encyclopédie collective, 12 ans, nous raconte son Vide.

Le vide dans la philosophie islamique est désigné par le mot « Adem » (العدم) qui signifie le contraire de ce qui existe, le néant, la forme que l’être avait avant d’être créé. Ce mot n’est pas employé dans le Coran.

http://audioblog.arteradio.com/blog/3046897/radio_vide/

Paola de Pietri Sans titre, série Questa Pianura, 2014
Paola de Pietri
Sans titre, série Questa Pianura, 2014

Intervista a Goliarda Sapienza

 Goliarda Sapienza en 1949.

Goliarda Sapienza en 1949. Photo: Archives Goliarda Sapienza/Angelo Maria Pellegrino

 

– Quanti libri hai pubblicato?
– Due libri in venti anni… Il primo ovviamente è esaurito. Il secondo posso regalartelo. Si tratta di un’esperienza analitica… terribile… Tutto quello che scrivo è autobiografico. Nel 1966, nessuno ne voleva sapere, di questo libro. L’argomento non interessava a nessuno… Fortunatamente, attendo sempre un certo periodo prima di pubblicare i miei libri… Ho una moltitudine di storie nei miei cassetti… cinquecento poesie… non ho pubblicato nulla… Aspetto di finire il mio terzo romanzo…

– Sei contraria alla pubblicazione?
– No, ma non bisogna pubblicare subito dopo avere scritto… può essere uno shock… Preferisco proteggermi dal contatto con il pubblico… Quando un libro è terminato mi bastano cinque lettori… non di più… I contatti mi spaventano… Quando ero giovane, recitavo, ero un’attrice… beh, ho smesso di punto in bianco perché non potevo sopportare i brutti testi che recitavo… dopo un po’ mi sentivo come un’operatrice culturale del male.

– L’espressione è carina [fine pag. 139]
– Avevo l’impressione di essere un prete, uno di quelli che detesto, che spargono la cattiva parola, una cultura marcia. In sei anni ho recitato soltanto in due ruoli ideologicamente giustificabili… Queste sono cose che le attrici di solito non rivendicano.

– Sì, sempre di più… Sappiamo che non esiste alcun ruolo femminile che non sia uno stereotipo. Il “nostro” Teatro deve ancora essere scritto.
– Ho scritto due commedie, ma non le ho mai pubblicate… Aspetto, se tra due anni non saranno invecchiate… non bisogna avere fretta… ma alla fine, secondo me, non bisognerebbe farne una legge morale.

– Come scrivi?
– A mano… di getto… fino a dieci volte, se è necessario… e poi ricorro alla macchina da scrivere.

– Quando scrivi?
– Al mattino, col sole, la luce… Quando è nuvolo non riesco a lavorare… e mi fermo al tramonto. Scrivo per tre ore, il resto del tempo leggo, studio… Per scrivere il mio secondo libro, per esempio, ho riletto tutto Freud… I miei libri obbediscono sempre ad un filone ideologico, lo confesso… la storia per la storia non mi interessa.

– Ti capita mai di piangere mentre scrivi?
– A volte sì… nella misura in cui scrivo con il corpo… Inoltre, io non credo nell’anima… appartengo alla quinta generazione di atei… e i laici non possono comunicare alcuna certezza.

– Su cosa scrivi? [fine pag. 140]
– Su quattro fogli… Quattro… è il numero che corrisponde alla mia economia interna… un capitolo breve…

(Goliarda mostra quattro pagine coperte della sua calligrafia molto particolare, il margine di sinistra che va allargandosi verso il basso al punto che solo un terzo del foglio è coperto. Il risultato è visivamente seducente).
– Vorrei scrivere sette volumi su una vita… le contraddizioni di una vita… senza inventare nulla… e parallelamente continuare il lavoro che scrivo da quattro anni… la storia di una donna che nasce all’inizio del secolo e che ottiene tutto quello che vuole. È un romanzo positivo e, perciò, difficile… perché ho voluto dargli un senso politico… non so perché mi sia lanciata in un simile compito… volevo qualcosa d’emblematico… dimostrare che se ci si applica con volontà, si riesce. Questo personaggio femminile è strano, uccide la madre e vuole la vita, in ogni forma.

– Un personaggio vorace?
– Sì, ma appena… a parer mio, occorre volere tutto… tu sei la prima a cui parlo di questo romanzo…

– Cosa pensi della scrittura?
– Che, fortunatamente, è un’attività che la società ha sempre concesso alle donne… Dove le donne sono state tollerate hanno dato il meglio di sè stesse… Pensa alle prostitute, alle regine, alle danzatrici, ecc.! In sé la scrittura non è un’attività rivoluzionaria.

– Dipende dall’uso che se ne fa. [fine pag. 141]
– Una donna chirurgo, che accede ad un settore lavorativo interdetto, è più intrinsecamente rivoluzionaria.

Goliarda Sapienza

– Deplori la mancanza di un linguaggio femminile?
– Sì… ma sono molto sensibile alla cultura orale, parlata… Non amo il linguaggio che mira all’astrazione… Non mi sento a mio agio nel tipo di discorso maschile… ma le donne commettono spesso l’errore di fare discorsi maschili… ad eccezione delle marxiste…

– ?!
– Sì, ad eccezione delle donne del P.C. [Partito Comunista] che hanno fatto una vera ricerca, le femministe non hanno cultura politica… fanno un femminismo viscerale e tengono discorsi dotti, astratti…

– E’ contraddittorio.
– Fanno un miscuglio… è viscerale ed astratto.

– E le politiche?
– Sono più precise nell’identificazione del potere da abbattere… È chiaro che la cultura è sempre stata un mezzo d’oppressione… ma ci sarà sempre una decina di opere che noi donne potremo salvare: Diderot, Voltaire, Sterne, Cechov … molto vicini a un mondo femminile.

– E le filosofe?
– Meglio lasciar perdere… va tutto rimesso in questione… Freud già lo diceva…

– E le nozioni filosofiche considerate come verità rivelate, la complementarità, ad esempio…
– Da rifiutare, naturalmente… mia madre aveva già [fine pag.142] compreso tutto ciò… infatti  è da là che proviene tutto il mio problema, io ho avuto una madre eccezionale… Fu una delle prime femministe d’Italia… Sindacalista, ha partecipato alla battaglia per ottenere le 14 ore di lavoro al giorno… poi le 12, le 10 e infine le 8… Ha partecipato ai primi scioperi… Si chiamava Maria Giudice… Un Americano è venuto in Italia a fare delle ricerche su mia madre per scrivere un libro.

– Tua madre lavorava?
– Sì, faceva giornalismo… un grande lavoro politico. Poi per venti anni ha dovuto restare in Sicilia, durante il fascismo… E’ stata in prigione per un certo tempo… È una delle Italiane più interessanti del suo tempo.

– Che faceva in Sicilia?
– Leggeva, studiava, si occupava dei suoi bambini – ne aveva sette – ed aiutava mio padre, che aveva uno studio d’avvocato… Sono nata  per ultima… a Catania. Mio padre era siciliano, sindacalista anche lui … Tutti a casa parlavano di politica… io non sono battezzata… non sono mai stato a messa. È un’altra cultura… Capisci, questo è il mio problema, intimamente non comprendo le femministe: le sostengo ma non sento come loro. Ciò che vorrei, è comunicare loro la dimensione politica, la giusta dimensione della lotta.

– Come sono nati gli interessi di tua madre per la politica?
– Nel 1922 c’erano grandi forze politiche [fine pag. 143] in gioco… mia madre veniva da una famiglia socialista… per tutta la vita ha fatto politica… Io l’ho rifiutata… Mia madre era forte, “vitale”, dotata di uno spirito che i dubbi esistenziali non sfioravano… da noi succedeva l’opposto di ciò che capita altrove… Da giovani, le mie sorelle mi leggevano Hegel e mi mettevano in guardia: “Guarda come ragiona questo qua!” e Schopenauer l’ho letto, l’ho amato perché è un poeta, ma ridevo perché la mia educazione mi permetteva anche di vederne il ridicolo.

– È un guadagno di tempo considerevole nascere in una famiglia senza pregiudizi, sufficientemente critica da smontare la misoginia dei filosofi.
– Sì, gli studenti dell’università non hanno sempre questa possibilità… invece è grave che alcune femministe se la prendano con Freud… fortunatamente è uscito il libro di Juliet Mitchell, “psicanalisi e femminismo”… rimette le cose a posto… Non si può fare di Freud un nemico delle donne… io vedo delle esagerazioni che nuocciono al movimento.

– Freud tuttavia ha ammesso alla fine della propria vita che non aveva compreso nulla delle donne. Un’ammissione onesta! È spiacevole che i suoi discepoli lo abbiano “dimenticato”.
– Non sono neppure d’accordo con la lotta che conducono le femministe contro alcuni film che reificano la donna… proprio nel momento in cui si combatte contro la censura, contro tutte le censure… è come dare ragione ai censori cattolici.

– Ma questi film sono indifendibili… benchè molto [p. fine 144] istruttivi: ci fanno vedere tutte le fantasie maschili… e come direbbe E. Banotti, queste fantasie non offendono che loro. Bisognerebbe che le donne avessero la pazienza di considerarli come documentari etnografici rivelatori del disagio del maschio della nostra specie.
– È perché cessino tali film che è necessaria una rivoluzione culturale… combattere le idee con le idee. Le rivoluzioni che ci sono state non avevano alcun obiettivo immediato se non sconfiggere la fame.

– C’è una verità che ti infastidisce in questo mondo?
– Il Cristianesimo.

– E’ una verità?
– Si spaccia per tale… la verità secondo me non esiste… nemmeno la morte è vera.

– In questo caso, quale è il fatto che ti infastidisce di più?
– La vita giorno per giorno… tutto il resto sono soltanto concetti… e i concetti passano di moda … quello che resta, purtroppo, è l’idea del peccato, l’idea della morte… Purtroppo anche il Vaticano è una verità, con il suo potere!

– Quali sono le tue paure ricorrenti?
– Sono paure legate ad eventi precisi… mia madre era pazza… è stata pazza per un certo periodo… alla fine non so esattamente se era pazza… sono io che ho sempre vissuto male quel periodo… ero molto giovane e avevo paura di impazzire… E’ per questo che ho fatto ricorso all’analisi… in realtà probabilmente mia madre non era pazza…

Michèle Causse e Maryvonne Lapouge, 1977. «Goliarda Sapienza», in Ecrits, voix d’Italie, Paris: Éditions des femmes, pp. 132-145. Traduzione di Rachele Baglieri.